Pourquoi je suis toujours en colère ?

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Comprendre la colère dans le trauma complexe

Colère explosive, colère silencieuse, irritabilité, débordements émotionnels… Découvrez pourquoi la colère est souvent un symptôme du trauma complexe, une réaction à l’abus, à la honte et à la survie, et comment commencer à la comprendre.

Introduction : la colère qui surprend même celle ou celui qui la porte

Il existe une colère que peu de gens comprennent. Une colère qui ne vient pas d’un simple mauvais caractère, mais d’un endroit beaucoup plus profond. Une colère que l’on ressent dans la poitrine, dans l’estomac, dans la gorge. Une colère qu’on ne veut pas avoir, qui nous dépasse, qui nous submerge. Une colère qui fait peur à l’autre, mais qui fait encore plus peur à celui ou celle qui la porte.

Beaucoup de personnes ayant grandi dans le trauma complexe vivent avec cette forme de colère. Elles ne savent pas pourquoi elle surgit soudainement ou pourquoi elle brûle intérieurement sans jamais trouver de sortie. Elles se demandent : « Pourquoi ça m’arrive ? Pourquoi je suis comme ça ? Pourquoi je réagis trop fort ? »

La vérité, c’est que la colère dans le trauma n’est pas un problème moral, ni un défaut de caractère. C’est une conséquence. Une conséquence logique, profonde et physiologique de ce que le corps a dû traverser.

La colère : un signal avant d’être un problème

Tim Fletcher explique que beaucoup de personnes ayant vécu des abus ne réalisent même pas qu’elles ont été abusées, parce que c’était leur normalité . Pourtant, leur colère raconte déjà l’histoire. Elle porte en elle tout ce qui a été enfoui, minimisé, ignoré, nié. Elle n’est pas irrationnelle : elle est la mémoire de tout ce qui n’a jamais été dit.

Dans le trauma complexe, la colère est souvent l’émotion qui protège. Quand on a grandi dans un environnement où la sécurité émotionnelle faisait défaut, la colère devient un système d’alerte interne. Elle dit : « Stop. Trop. Danger. » Et quand le danger n’a jamais été reconnu dans l’enfance, l’adulte finit par le ressentir partout.

La colère devient alors un langage : le langage de la douleur non exprimée. Une douleur profondément humaine.

Quand la colère vient de la honte

La colère dans le trauma est étroitement liée à la honte. Une honte silencieuse, intégrée, presque invisible de l’extérieur. Une honte qui dit : « Je suis un problème », « Je ne vaux rien », « Ce qui m’est arrivé est de ma faute ». Le document explique que l’abus, quel que soit son type, laisse systématiquement la personne avec un sentiment d’être moins que rien .

Et la honte, quand elle devient trop lourde, se transforme en colère. Souvent en colère contre soi. Et parfois contre les autres. La honte enferme, la colère explose. L’une implose, l’autre déborde. Ce sont deux faces d’une même pièce.

La colère n’est donc presque jamais un signe de méchanceté. Elle est un signe d’un système nerveux blessé qui essaie encore de survivre.

Quand l’abus nourrit la colère

L’abus n’est pas seulement des coups. L’abus est toute situation dans laquelle une personne plus puissante utilise son pouvoir pour blesser ou contrôler une autre .

Cela inclut l’humiliation, la manipulation, l’indifférence, les menaces, la négligence, la moquerie, les critiques incessantes, le silence punitif, la peur, les règles impossibles à tenir, la confusion, l’instabilité émotionnelle, les crises imprévisibles.

Un enfant qui grandit dans un tel environnement apprend trois choses :
Que ses besoins n’ont pas de valeur.
Qu’il doit se taire pour survivre.
Et que sa colère n’a jamais eu le droit d’exister.

Adulte, il porte une rage silencieuse. Non pas contre les autres, mais contre l’injustice de ce qu’il a vécu. Une colère accumulée au fil des années, comme de la vapeur emprisonnée dans une cocotte-minute intérieure.

Quand la colère est un symptôme du corps en alerte

Le trauma complexe maintient le système nerveux en état d’alerte permanente. Les personnes traumatisées vivent dans un environnement intérieur où elles ne peuvent ni se détendre, ni faire confiance, ni baisser leur garde .

Quand le corps vit comme si le danger était toujours présent, la colère devient une réaction naturelle. Elle fait partie du système de protection. Elle dit : « Je dois me défendre. Je dois me protéger. Je dois anticiper. »

C’est pourquoi les personnes traumatisées peuvent réagir fortement à de petits déclencheurs. Leur système nerveux n’est pas fragile : il est vigilant. Il ne réagit pas au présent, mais à des centaines de souvenirs enfouis.

Ce n’est pas un manque de maîtrise de soi.
C’est un excès de survie.

La colère réprimée : celle qui se retourne vers l’intérieur

Certaines personnes ne s’autorisent jamais à être en colère. Elles ont été élevées dans la peur de faire du mal, dans la peur d’être dangereuses elles-mêmes. Beaucoup ont vu la colère des autres détruire, effrayer, dominer. Elles ont appris que la colère était dangereuse, et que l’être humain en colère était incontrôlable.

Alors, elles ont étouffé la leur. Elles l’ont enfouie. Elles l’ont remplacée par la gentillesse, la politesse, l’hyper-adaptation. Mais la colère, elle, n’a pas disparu. Elle s’est simplement retournée vers l’intérieur.

Une colère réprimée se manifeste par l’anxiété, la dépression, la fatigue extrême, l’irritabilité, la sensation de porter un poids constant, l’impression de ne jamais pouvoir se poser.

La colère enfermée fait aussi de la place pour l’autocritique, l’autosabotage, la honte, et parfois même la dissociation. Ce n’est pas un manque de courage. C’est un excès de douleur.

La colère explosive : celle qui dépasse tout

D’autres personnes vivent la colère d’une manière plus extérieure. Elles explosent. Elles crient. Elles cassent. Elles claquent les portes. Elles disent des choses qu’elles regrettent deux minutes plus tard.

Ces explosions ne sont pas des choix rationnels. Elles sont la conséquence d’une tension intérieure trop forte, accumulée pendant trop longtemps. Le document sur l’abus parle du cycle de la tension et de l’explosion : une accumulation silencieuse de stress, suivie d’un débordement brusque, parfois suivi d’un moment d’apaisement, puis de honte, puis de culpabilité, puis de tension à nouveau .

Ce cycle n’est pas le signe qu’une personne est « mauvaise ». C’est le signe qu’elle est débordée par une douleur ancienne non résolue.

Quand on a peur d’être comme le parent en colère

Beaucoup de personnes ayant vécu dans la violence ou dans des accès de colère parentale grandissent avec une peur terrible : devenir comme celui ou celle qui leur a fait du mal.

C’est une peur normale.

Tim Fletcher explique que les personnes traumatisées craignent à la fois le danger et le fait d’être dangereuses elles-mêmes . Elles portent la peur d’être comme leur parent. Elles portent la peur de répéter. Elles portent une vigilance extrême vis-à-vis de leurs propres réactions.

La vérité, c’est que les personnes traumatisées qui s’inquiètent de “devenir comme leurs parents” sont précisément celles qui ont le plus de conscience émotionnelle. Leur peur prouve qu’elles ont un sens profond de la responsabilité.

Elles ne sont pas en danger de devenir des abusives.
Elles sont en danger d’être trop dures envers elles-mêmes.

Comment commencer à comprendre sa colère

Guérir sa colère ne consiste pas à la supprimer. La supprimer l’aggrave. Guérir la colère consiste à la comprendre. À la reconnaître. À l’écouter. À la laisser s’exprimer sans écraser, sans blesser, sans se retourner contre soi.

La colère n’est pas un ennemi. C’est une information.

Elle dit qu’il y a eu injustice.
Elle dit qu’il y a eu abandon.
Elle dit qu’il y a eu violence.
Elle dit qu’il y a eu abandon émotionnel.
Elle dit qu’il y a eu humiliation.
Elle dit qu’il y a eu silence.
Elle dit qu’il y a eu trop.

Elle est la gardienne de notre intégrité.

La colère veut protéger ce qui a été blessé.
Elle veut restaurer ce qui a été brisé.
Elle veut rendre justice à l’enfant intérieur qui n’a jamais été défendu.

La colère n’est pas un péché : c’est une émotion de survie

Beaucoup de personnes pensent que la colère est « mauvaise ». Que la colère est un signe de faiblesse. Que la colère “devrait s’arrêter”.
Mais la colère n’est pas morale. Elle est biologique.

La colère dans le trauma n’est pas un choix : c’est un réflexe.

C’est ce que Tim Fletcher appelle un système nerveux qui “cherche à survivre dans un environnement qui ne l’a pas respecté” .

La colère n’est pas un signe que tu es mauvais.
La colère est un signe que tu es humain.
Et que quelque chose a besoin d’être compris.

Une pensée spirituelle pour ceux qui le souhaitent

Dans la Bible, la colère n’est pas condamnée en tant qu’émotion. Elle est reconnue comme une réaction humaine face à l’injustice. Mais elle n’est jamais laissée seule. L’Écriture invite à ne pas laisser la colère gouverner, s’installer ou devenir destructrice. Elle appelle à la déposer devant Dieu afin qu’elle soit transformée plutôt que retournée contre soi ou contre les autres. La colère devient alors un lieu de rencontre avec Dieu, un espace où ce qui a été blessé peut être entendu, nommé et réorienté vers la vérité, la justice et la réparation, plutôt que vers la honte ou la violence.

Conclusion : ta colère n’est pas ton ennemi

Ta colère n’est pas un monstre à combattre.
Ta colère est une partie blessée qui demande à être entendue.
Elle parle pour l’enfant que tu as été.
Elle dit ce que tu n’as jamais eu le droit de dire.

Elle n’est pas une faiblesse.
Elle n’est pas un danger.
Elle est une invitation.

Une invitation à guérir, à comprendre, à donner une voix à ce qui a été trop longtemps porté seul.

Je propose des séances individuelles (en ligne, confidentielles) pour t’aider à comprendre ta colère, à apaiser ton système nerveux et à retrouver une relation saine avec ton monde intérieur.
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